Souveraineté : un sujet international

Premier constat : le discours sur la souveraineté devient un réel marqueur positif d’attractivité et de stratégie, et est donc exploité à toutes les sauces. Cela est vrai aussi à l’international : le tweet le plus visible sur la souveraineté au sens large sur la période est d’Ousmane Sonko, premier ministre et militant panafricain du Sénégal :

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Ce tweet est deux fois plus vu que le suivant sur le sujet. Concernant la souveraineté numérique / technologique, en dehors de quelques tweets très repris, les acteurs les plus influents génèrent moins de 10 000 vues. La souveraineté technologique est donc de plus en plus reprise, mais génère toujours une visibilité limitée pour ceux qui publient dessus.

X : un débat politique qui intègre de plus en plus d'acteurs, notamment ceux en marge des principaux partis politiques

Le classement des tweets les plus repris montre des sujets variés : rapport de Sarah Knafo sur la souveraineté technologique au Parlement Européen, projet SCAF, filière nucléaire…

Les personnalités politiques actives sur le sujet sont nombreuses, comme le montrent les différentes captures de l'outil Visibrain ci-dessous :

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En classant les tweets par visibilité, en dehors du tweet de David Lisnard qui a obtenu de loin le meilleur score de visibilité sur le sujet, on obtient un résultat différent, avec des éléments critiques de la dépendance française à Microsoft notamment, et un tweet du premier ministre sur l’éolien très visible parce que très critiqué (524 réponses pour 117 retweets).

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Pour y voir plus clair sur la dynamique des échanges, nous allons utiliser le logiciel Gephi pour les cartographier. Ce logiciel permet à partir d’un export de tweets de Visibrain de visualiser et analyser les interactions sur X (retweets, mentions, citations) et d’identifier les communautés et influenceurs liés. Le score correspondant aux 8 premières communautés est de 50% environ, ce qui indique une typologie de groupes de marques selon le Pew Research Center (2014) : plusieurs clusters regroupés autour de leaders qui échangent sur le sujet sans être interconnectés. Des débats menés par une, deux ou trois communautés correspondent à un score de 70% au minimum, très fréquents sur les sujets polarisants sur X. Nous verrons néanmoins que certains profils arrivent à une position de centralité dans les échanges, via la reconnaissance de leur expertise.

Cartographie des communautés X sur la souveraineté technologique du 1er février au 1er avril 2026 par influence au sein de chaque communauté

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Cette première cartographie permet de visualiser la diversité des acteurs actifs sur le sujet, notamment politiques :

  • La majorité avec Sébastien Lecornu en violet et Emmanuel Macron en gris, pour ce dernier pris à partie sur les entreprises françaises stratégiques vendues à l’étranger (ex Biogaran) ;

Les critiques sur le manque de soutien au nucléaire et ciblant l’éolien sont nombreuses en réaction aux annonces de Sébastien Lecornu sur l’éolien offshore. Globalement le sujet du nucléaire est dominé par les profils pro-nucléaires, notamment à droite, qui critiquent la politique énergétique des dernières années en faveur des renouvelables.

  • Une communauté en vert clair avec notamment un profil de soutien à Reconquête pour défendre le rapport de Sarah Knafo sur la souveraineté technologique.

Ce rapport a suscité une bataille de narratifs sur le sujet entre Reconquête et la majorité, autour de la paternité des idées présentées. Le rapport aurait ainsi été adapté par le Parlement européen via des propositions d’autres partis politiques, sur fond d’accusation de collusion des élus Reconquête avec les plateformes américaines, notamment X, qui les rendrait illégitime à parler de souveraineté numérique. On notera dans cette communauté le profil GDams70 qui reprend le PDG de Dassault sur le SCALF et Jean-Frédéric Poisson (Président du Parti Chrétien Démocrate) qui promeut le nucléaire dans la même communauté. Ces deux derniers sont plus centraux dans les échanges que les profils pro-Reconquête ;

  • SAXX alias Clément Domingo en vert foncé, expert en cybersécurité qui commente régulièrement les fuites de données et qui met notamment dans ce corpus l’accent sur les risques liés à la dépendance numérique à des outils américains.

  • David Lisnard en rouge à droite, dans une communauté spécifique, qui a publié le tweet le plus repris et le plus visible sur le sujet avec près de 150 000 vues. La portée de ses tweets est d'ailleurs bien supérieure à celle des autres politiques. Certains avec quelques centaines de retweets n'ont généré qu'environ dix mille vues comme Nicolas Dupont-Aignan par exemple :

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Cette différence montre l'importance de ne pas se fier à la volumétrie des retweets pour estimer l'impact d'une publication, d'autant plus que ceux-ci sont facilement automatisés, truqués, peuvent inclure des profils bots shadowbannés En l'occurrence le tweet de David Lisnard a été repris par des militants d'un spectre assez large de droite et d'extrême droite, des journalistes comme Brice Couturier, des influenceurs anti-Macron dépassant de loin sa base militante classique. Cela ne lui permet néanmoins pas d'être central dans les échanges, puisque ces profils interviennent rarement sur les sujets de souveraineté numérique et technologique.

D'autres politiques comme Bruno Retailleau, François Ruffin, Mathilde Pannot interviennent également sur le sujet avec quelques milliers de vues, qui n'est plus l'apanage de l'extrême droite comme c'était le cas il y a quelques années encore. La souveraineté numérique et technologique devient un sujet essentiel pour de plus en plus de politiques, il était temps !

Cette visualisation permet d’identifier des grands récits et leurs leaders, qui semblent globalement isolés même s’ils se retrouvent sur des thématiques similaires :

  • Une critique politique des abandons de souveraineté en France et en Europe ;
  • Une valorisation de l’excellence industrielle française ;
  • Les risques posés par notre dépendance aux solutions numériques américaines.

L’utilisation de l’algorithme de Betweeness Centrality via l'outil Gephi, pour identifier les acteurs au centre des échanges, confirme l’idée de communautés politiques qui ne se parlent pas … tout en faisant apparaître quelques acteurs centraux :

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  • La communauté bleu clair avec Souveraine Tech alias Bertrand Leblanc-Barbedienne, acteur historique de la promotion de la souveraineté numérique et technologique depuis la crise Covid.

SouveraineTech génère plusieurs dizaines de milliers de vues en critiquant la dépendance aux GAFAM, promouvant une vision française de la souveraineté numérique, et contextualisant les enjeux avec les tensions géopolitiques actuelles.

  • Souverain_OVH, nouveau compte actif depuis janvier 2026 sur ce sujets, dont les tweets génèrent quelques centaines à plusieurs milliers de vues.

Ce profil intervient notamment sur la dépendance aux GAFAM, rappelant que le privé est le véritable arbitre pour bâtir la souveraineté numérique avec 80% de la demande. D’autres profils dans le même cluster rappellent les 260 milliards d'euros annuels dépensés par l'Europe en services des géants américains, avec 80 % du marché cloud sous contrôle américain.

  • D’autres acteurs du secteur comme Thomas Fauré ou Fabrice Epelboin qui dénoncent notre dépendance aux outils US.
  • Et Grok interrogé par plusieurs profils sur les pertes d’entreprises industrielles ces dernières années comme Alstom etc…

À noter que le renouvellement du contrat Microsoft par l'Éducation nationale pour près de 150 millions d'euros jusqu'en 2029 a été peu commenté, avec moins de 20 000 vues. Ce choix coexiste paradoxalement avec le déploiement de Nextcloud par la même administration pour gérer le partage de fichier, signe de l’évolution des pratiques. 

En conclusion, si la thématique de la souveraineté numérique et technologique est de plus en plus revendiquée par les politiques sur X, principalement à droite et à l’extrême droite, son utilisation est à double tranchant : l’ampleur des dépendances technologiques, et les disparitions d’entreprises leaders amènent des critiques auprès des décideurs. Au-delà de ces éléments négatifs, une réelle communauté de professionnels du secteur cherchant à structurer le débat et valoriser les enjeux de souveraineté émerge et est de plus en plus visible, comme nous allons le voir sur LinkedIn.

La souveraineté numérique sur LinkedIn : beaucoup de com, mais aussi de plus en plus de concret

Avec 3 909 posts sur la période, la souveraineté numérique et technologique est un réel sujet sur LinkedIn.

Il a été beaucoup plus difficile de filtrer le corpus sur LinkedIn que X : la thématique étant clairement à la mode, de nombreuses entreprises s’en servent lors de la communication de leurs résultats ou d’évènements, on ne compte plus les colloques à ce sujet, des salariés vont valoriser leur prise de poste autour de ces thématiques, souvent sans éléments concrets… Le filtre « Bla Bla » correspondant reprend 3 937 publications, un peu plus que notre corpus.

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Si la première publication correspond à Emmanuel Macron, sur l’énergie nucléaire, ce ne sont pas les politiques qui dominent ces échanges. Quelques-uns sont néanmoins présents, mais on en dénombre moins de 60 sur les 2 207 profils du corpus :

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Une analyse via une IA souveraine française (Arlequin) des échanges permet d’identifier quatre grandes thématiques :

  • 27% du corpus s'intéresse au « cloud souverain et aux enjeux de sécurité », citant notamment des initiatives publiques (ANSSI, CNIL, NIS2, IA Act) et privées (OVHcloud, Scaleway, Gaia‑X, Trusted Tech Alliance).
  • 23% du corpus promeut une « souveraineté numérique fondée sur l’IA locale et l’open‑source », soutenue par une gouvernance européenne stricte (RGPD, Cloud Act, CIMA) et des programmes comme ESTIA et CYBORG.
  • 21% du corpus mentionnent « la régulation de l'IA et les enjeux liés », en discutant des nombreux chantiers en cours (AI Act, RGPD, DORA). Les acteurs européen comme Mistral AI, Nexcloud, ArkiaCloud sont également cités, ainsi que le conflit entre Anthropic en le Pentagone.
  • 19% des publications mentionnent « les enjeux industriels et militaires de la souveraineté numérique ». L'augmentation des cyberattaques hybrides et la montée en puissance de l'ANSSI, du COMCYBER sont également mis en avant.

L’analyse montre dans les publications une mise en avant de l’importance de la souveraineté — numérique, technologique, énergétique et industrielle — face aux dépendances géopolitiques et aux pressions des acteurs américains et chinois. La souveraineté numérique est pointée comme essentielle pour assurer l’autonomie stratégique à la France et à l’Union Européenne.

À noter que si plusieurs politiques interviennent pour valoriser des actions soutenues, financées, mises en œuvre autour de la souveraineté, seulement deux ont mentionné la dépendance aux GAFAM et le risque stratégique posé, notamment François Ruffin (présent aussi sur la carto X via ce sujet) :

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Plusieurs entreprises françaises sont mises en avant, telles que OVHcloud, ArkiaCloud et Deep Ocean Sync, soutenues par un cadre réglementaire de plus en plus contraignant où le RGPD, la directive NIS2 et le règlement DORA imposent des exigences croissantes en matière de localisation et de protection des données. Mistral AI est également mis en avant, soutenue par des partenariats stratégiques avec NVIDIA et des déploiements dans les administrations.

Les datacenters sont pointés comme des actifs stratégiques, au moment où ceux-ci sont devenus des cibles dans la guerre Etats-Unis / Iran, comme rappelé notamment dans la newsletter Cybernetica de Tariq Krim.

Le sujet des cyberattaques est également très évoqué, passant d'incidents isolés à un flux continu d'attaques. La France, deuxième cible européenne, subit une hausse massive des fuites de données et attaques de ransomwares.

L'analyse des auteurs montre que la thématique de la souveraineté numérique et technologique est reprise par des spécialistes du sujet comme par des généralistes transversaux. Cette complémentarité entre expertise profonde et capacité de synthèse structure la production intellectuelle de l'écosystème.

Les sociétés, notamment de conseil comme Deloitte, Onepoint et Sopra Steria, sont de plus en plus nombreuses à se positionner sur le sujet. Bpifrance, le ministère de l’Economie et la DGE sont également très actifs :

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Pour finir, 5 sujets semblent générer en particulier des controverses sur LinkedIn :

  • Réguler ou innover : L'AI Act est-il un cadre de confiance ou un frein à l'innovation ? Arthur Mensch soutient une régulation afin d’éviter les abus, tout en soulignant que trop de contraintes pourraient favoriser les géants de l’IA qui pourront plus facilement se mettre en conformité, au détriment de l’innovation. Ce sujet correspond à 366 publications, 619 commentaires et 3 347 likes.

  • Le déficit de compétences en France pour exploiter les nouvelles technologiques numériques : 80 % des entreprises françaises seraient incapables de déployer l'IA open source. Ce sujet correspond à 437 publications, 503 commentaires et 3 410 likes.
  • Le paradoxe Mistral AI : Champion européen ou cheval de Troie financé par les Big Tech américaines ? L’entreprise est ainsi questionnée sur sa dépendance aux investisseurs et infrastructures américaines. Ce sujet correspond à 241 publications, 344 commentaires et 2 075 likes.
  • La pression américaine sur la régulation européenne : Marco Rubio et Washington attaquent frontalement la régulation européenne, demandant aux diplomates américains de contrer les lois européennes. Ce sujet correspond à 373 publications, 319 commentaires et 1 783 likes.
  • Le choix de l’open source pour accompagner la souveraineté. Le choix des licences permissives par l'ANSSI, notamment Apache 2.0, pour limiter les contraintes de réutilisation et favoriser l'adoption large de ses projets open source fait débat. Ce sujet correspond à 156 publications, 206 commentaires et 792 likes.