Une expression qui fait le tour des réseaux sociaux, propulsée à partir de 2022

Désormais installée dans le paysage numérique, l'expression « La France à Macron » (et sa variante « La France de Macron ») s'est progressivement imposée sur les réseaux sociaux. Entre 2018, dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes, et 2021, son usage reste confidentiel. Les volumes oscillent entre 30 000 et 80 000 occurrences par an. Une première hausse est observée dès 2019 (+123 %), portée par les débats suscités par la crise des Gilets jaunes. En 2020, son utilisation recule légèrement, la pandémie de Covid-19 recentrant les conversations en ligne sur les enjeux sanitaires plutôt que sur la critique du pouvoir politique.

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Le tournant de 2022

Le vrai tournant intervient en 2022. L'expression franchit pour la première fois le seuil des 217 000 utilisations, soit près de 3 fois plus qu'au cours des années précédentes. La campagne présidentielle, la réélection d'Emmanuel Macron, mais aussi la montée de l'inflation et les préoccupations liées au pouvoir d'achat contribuent à sa diffusion massive. À partir de cette période, l'expression cesse d'être associée à un événement politique précis pour s'installer durablement dans le vocabulaire des internautes.

Une nouvelle accélération est observée en 2025. L'expression est utilisée plus de 567 500 fois sur les réseaux sociaux, soit plus du double du volume enregistré en 2024 et plus de 20 fois celui de 2018. Cette progression marque un changement d'échelle : la formule dépasse désormais les seules sphères militantes ou partisanes pour être reprise par des communautés très diverses, des comptes politiques aux créateurs de contenus, en passant par les jeunes générations sur les plateformes social media.

Son sens évolue également. Initialement employée pour critiquer directement Emmanuel Macron ou sa politique, « La France à Macron » devient progressivement une formule générique servant à illustrer les difficultés du quotidien : hausse des prix, précarité, difficultés d'accès au logement, lenteurs administratives ou encore dysfonctionnements des services publics.

Une expression politisée sur X

L'utilisation de cette expression varie selon les plateformes. Sur X, elle conserve une dimension avant tout politique, contrairement à d'autres réseaux sociaux où elle peut davantage relever du commentaire, de l'ironie ou du détournement. L'analyse des communautés qui l'emploient montre qu’elle est principalement portée par deux grands pôles d'opposition au macronisme : d'un côté, les réseaux de la droite souverainiste et de l'autre, les communautés proches de La France insoumise et de la gauche contestataire.

Si ces deux courants mobilisent cette formule identique, ils lui attribuent des significations différentes. L'expression fonctionne comme un cadre narratif permettant à chaque communauté d'y agréger ses propres thèmes de mobilisation et ses propres critiques du pouvoir en place.

Une appropriation par la droite souverainiste

À droite, des personnalités comme Florian Philippot, Jean Messiha, Gilbert Collard ou encore Silvano Trotta reprennent régulièrement cette expression dans leurs tweets. Elle leur permet de rassembler des critiques diverses autour d'un même récit : celui d'une « France sous Macron » présentée comme affaiblie, en perte de repères ou en déclin.

Les thèmes associés varient selon les profils. Jean Messiha l'utilise notamment autour des questions de sécurité et d'immigration, Florian Philippot autour des libertés publiques et de la souveraineté, Gilbert Collard à travers des comparaisons internationales tandis que Silvano Trotta l'inscrit davantage dans des débats liés aux enjeux sanitaires. Dans ces différents usages, l'expression agit comme un point de convergence : elle permet de relier des sujets distincts à une même lecture critique de l'action gouvernementale.

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Une appropriation par la gauche contestataire

À gauche, des figures de La France insoumise comme Mathilde Panot ou Louis Boyard, ainsi que plusieurs comptes influents de la gauche contestataire, reprennent également cette formule. Là encore, l'expression sert de support à une critique globale du pouvoir, mais le récit qui l'accompagne diffère.

Mathilde Panot l'utilise notamment pour dénoncer ce qu'elle présente comme des atteintes aux libertés publiques, Louis Boyard pour critiquer certaines orientations de l'action gouvernementale, notamment sur les questions sociales et les discriminations. D'autres figures de la gauche militante mobilisent cette expression pour aborder les sujets liés au racisme, aux discriminations ou aux violences policières.

Dans cet espace politique, « La France à Macron » devient ainsi un raccourci pour dénoncer un pouvoir perçu comme autoritaire, éloigné des préoccupations populaires ou accusé de rapprochements avec certaines thèses de l'extrême droite.

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Des communautés diversifiées sur X

Au-delà des seules figures politiques, l'expression est également reprise par une grande diversité de communautés sur X. L'analyse des profils ayant utilisé cette formule montre une forte hétérogénéité des utilisateurs : de nombreux secteurs professionnels et univers sociaux apparaissent dans le nuage des professions recensées.

Parmi les communautés identifiées figurent notamment :

  • les profils issus des mondes académique et scientifique, avec des professions comme historien, sociologue, doctorant, économiste, chercheur ou politologue (en vert dans le nuage)

  • les sphères liées à l'enseignement et à la formation, regroupant notamment enseignants, professeurs et étudiants (en violet)

  • les communautés militantes (en orange)

  • les profils issus des métiers du numérique, avec des informaticiens, vidéastes, webdesigners ou monteurs (en rouge foncé)

  • les auteurs et acteurs du monde littéraire (en jaune)

  • les communautés liées aux médias, avec des journalistes, rédacteurs, chroniqueurs ou pigistes (en bleu)

  • les profils issus du monde artistique, notamment des comédiens et artistes (en lila)

  • les professions juridiques, avec des juristes et avocats (en rose)


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Une expression détournée avec humour sur TikTok, mais qui révèle des préoccupations réelles 

Sur TikTok, la dynamique autour de l'expression est diamétralement différente. Elle est principalement réappropriée sur TikTok à travers les codes de l'humour, du détournement et du mème.

Depuis le mois de mars, l'expression cumule plus de 37,7 millions de vues et 65,1 millions d'impressions sur les vidéos qui lui sont associées. Ces volumes témoignent d'une diffusion massive, mais les usages observés révèlent une transformation de son sens : « La France à Macron » devient plutôt une formule humoristique permettant de commenter des situations du quotidien plutôt qu’un slogan politique.

Le nuage des hashtags associés illustre cette évolution. Plusieurs grandes thématiques émergent :

  • la dimension humoristique, avec les hashtags #humour, #meme ou encore #drole (en rose dans le nuage)

  • les dépenses liées à l'automobile, notamment le carburant, l'essence et le gasoil (en vert)

  • les questions d'inflation, de pouvoir d'achat et de niveau de salaire (en violet)

  • les sujets liés au travail, au chômage et à la recherche d'emploi (en orange)

  • des contenus autour de la canicule (en mauve)

  • les thématiques liées à la santé mentale (en jaune)

  • marques ou références commerciales, comme Lidl ou Tasty Crousty (en bleu clair)

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La précarité mise en scène à travers l'angle humoristique

Si les contenus publiés sur TikTok empruntent largement les codes de l'humour et du divertissement, les situations qu'ils mettent en scène renvoient souvent à des difficultés bien réelles. Les internautes utilisent l'expression « La France à Macron » pour raconter, avec ironie, des expériences liées à la précarité, à la hausse du coût de la vie ou encore aux difficultés du quotidien.

La plupart des vidéos s'appuient sur les codes propres à la plateforme : musiques virales, légendes humoristiques, mises en scène ou face caméra. L'expression est généralement intégrée pour illustrer la situation racontée. Dans d'autres cas, elle constitue le sujet même de la vidéo et devient le fil conducteur de cette dernière.

La sélection présentée ci-dessous, représentative des contenus les plus largement diffusés, illustre cette tendance. Plusieurs de ces vidéos dépassent le million de vues, témoignant de la forte viralité de ce format et de sa capacité à toucher un public bien au-delà des cercles politiques.

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Les marques associées à l'expression « La France à Macron » sur TikTok  

Comme dans de nombreuses tendances, certaines marques peuvent y être associées. C’est notamment le cas des 15 marques ci-dessous, représentant des secteurs variés allant de la grande distribution, aux enseignes spécialisées, au divertissement, aux salles de sport, ou encore d’enseignes de cosmétiques :

  1. Leclerc

  2. Action

  3. Subway

  4. Auchan

  5. Canal +

  6. Caudalie

  7. Class pass

  8. Domino’s

  9. Intermarché

  10. Netflix

  11. Parfois

  12. Pull&Bear

  13. Sephora

  14. Shein

  15. YesStyle

Les enseignes alimentaires au coeur des préoccupations liées au pouvoir d'achat : Leclerc, Auchan, Intermarché et Subway parmi les plus citées

Les enseignes de la grande distribution et de l'alimentaire constituent la catégorie de marques la plus représentée. Les vidéos qui les mentionnent portent principalement sur la hausse des prix, les réductions de quantité (l’expression aussi tendance de la « shrinkflation ») et le coût des courses.

Certaines vidéos deviennent virales en dénonçant certaines situations. C'est notamment le cas d'une vidéo totalisant plus de 580 000 vues, dans laquelle un internaute estime que le poids d'un paquet d'escalopes de poulet vendu chez Auchan ne correspond pas au poids affiché sur l'emballage :

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À l'inverse, d'autres contenus mettent en avant des enseignes perçues comme permettant de réaliser des économies. Une vidéo consacrée aux cookies vendus par Subway est présentée comme un « bon plan » dans « la France à Macron », détournant l'expression avec humour pour évoquer les contraintes budgétaires des étudiants et des jeunes actifs.

@alitalk__ Les rats bons plans à Paris remettez la lumière sur nos cookies du collège là 2,50€ les 3 cookies !!!!!! Vraiment un trop bon plan de fou dans France de macron Merci @Subway France je vous aimes beaucoup n'hésitez pas hein #bonplantiktok #cookie #pascher #bonnesadressesparis #parisfoodguide ♬ Melisa I'M Drunk And Outside - Afroplugs

Intermarché apparaît également dans plusieurs vidéos consacrées à l'évolution du prix des carburants. L'enseigne sert alors d'illustration concrète des difficultés liées à l'inflation :

 

Les marques de mode et de cosmétique : zoom sur Sephora et Shein

Les marques de mode et de cosmétique occupent également une place importante dans les contenus associés à cette expression. Sephora est régulièrement citée dans des vidéos consacrées aux prix pratiqués en magasin. Certains créateurs expliquent, par exemple, repérer les produits en boutique avant de les acheter en ligne à moindre coût :

Shein apparaît également dans plusieurs publications où les internautes justifient leurs achats par les faibles prix proposés par la plateforme. L'expression « La France à Macron » est alors mobilisée pour mettre en scène les contraintes économiques auxquelles ils disent être confrontés, tout en légitimant le recours à des enseignes de fast fashion :